Accueil » Peintures toxiques : les dangers cachés des peintures

Quand on parle de pollution, on pense souvent au plastique, à l’énergie ou aux transports, mais la peinture, elle, est rarement citée. Pourtant, elle est partout dans notre quotidien : voitures, bâtiments, sols, objets et elle est loin d’être inoffensive. Sa composition pose problème. Les produits utilisés pour l’appliquer et la protéger aussi. Même sa dégradation dans le temps contribue à une contamination environnementale importante.
D’autres causes de pollution sont difficiles à réduire. Prenez la voiture pour aller travailler quand les distances sont grandes : difficile de faire autrement. Les peintures industrielles, en revanche, peuvent facilement être remplacées par des techniques plus naturelles. Elles sont beaucoup moins polluantes et elles sont au moins aussi résistantes que les peintures prêtes à l’emploi.
Dans cet article, je fais un tour d’horizon de la composition de ces peintures. Je présente aussi quelques solutions pour limiter la pollution qu’elles engendrent.


Parmi les polluants les plus connus des peintures, on trouve les composés organiques volatils (COV) (1). Ces substances s’évaporent dans l’air pendant le séchage. Résultat : elles polluent l’air intérieur. Les COV peuvent provoquer des irritations des voies respiratoires, des maux de tête ou des vertiges. À long terme, les effets sont plus graves : troubles neurologiques, problèmes hépatiques (2).
Face à ces préoccupations, la directive européenne 2004/42/CE, dite « COV 2007/2010 », a vu le jour. Elle fixe des teneurs maximales en COV pour les peintures et vernis décoratifs, variables selon le type de produit : depuis 2010, une peinture mate pour murs et plafonds intérieurs ne doit pas dépasser 30 g/litre (1). En France, depuis 2012, les peintures portent aussi une étiquette qui les classe selon leurs émissions dans l’air intérieur, de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions).
Cet étiquetage a toutefois une limite majeure : il évalue les émissions après 28 jours. Or, les pics de pollution surviennent juste après l’application, au moment où l’exposition est la plus intense (3). Malgré cette imperfection, ces réglementations ont eu un mérite : elles ont poussé les fabricants à modifier leurs formulations pour réduire la teneur en COV. Résultat : une amélioration notable de la qualité de l’air intérieur.
Les peintures modernes doivent répondre à plusieurs critères : bonne couvrance, durabilité, résistance à la moisissure, etc. Pour atteindre ces objectifs, divers additifs chimiques sont utilisés :
Conservateurs biocides : comme le 2-méthyl-1,2-benzothiazol-3(2H)-one (MBIT), qui peuvent provoquer des réactions allergiques cutanées chez certaines personnes sensibles et sont très toxiques pour les milieux aquatiques (4).
Isocyanates : présents dans certaines peintures polyuréthane, ils sont connus pour provoquer des irritations des voies respiratoires et des réactions allergiques, même à faibles concentrations (5).
Éthers de glycol et dérivés : utilisés comme solvants, ils sont associés à des effets hématotoxiques et reprotoxiques à long terme (6) (7).
Pigments contenant des métaux lourds : il s’agit notamment du plomb, du cadmium ou du chrome hexavalent, des substances toxiques encore présentes dans certaines peintures, bien que beaucoup plus rares qu’autrefois, et pouvant avoir de lourdes conséquences sur la santé humaine et l’environnement (8).
Le toluène : utilisé comme solvant ou élément de fabrication de peintures, vernis, laques, cires et encres, il peut entraîner des vertiges, des maux de tête, et même des effets sur le système nerveux en cas d’exposition prolongée.
Le xylène : surtout utilisé comme solvant, il est irritant pour les yeux et les voies respiratoires.
Les cétones : souvent présentes dans les vernis, elles peuvent provoquer des irritations cutanées.
Bien que l’utilisation de certains de ces composants soit désormais restreinte ou interdite, ils peuvent encore être présents dans certaines peintures, notamment celles destinées à des usages spécifiques ou importées de pays où la réglementation est moins stricte.


Il existe deux sortes de pigments : les naturels et les synthétiques.
La réponse est claire : non.
Dans la catégorie des pigments naturels, on trouve notamment les ocres, qui sont relativement sûrs. J’écris relativement car il s’agit de poussières contenant, entre autres, du silicate qui, s’il est inhalé en trop grande quantité, peut être nocif pour la santé. Mais dans un usage courant par les peintres, il est très peu probable que cela ait un impact. Le danger concerne surtout les personnes qui les extraient et vivent quotidiennement au milieu de kilos et de kilos de pigments.
On retrouve aussi les pigments laqués, fabriqués à partir d’éléments naturels tels que des végétaux. Leur toxicité est relativement limitée, sauf peut-être pour l’alun, un ingrédient souvent utilisé pour transformer les colorants naturels en pigments, dont la nocivité fait encore l’objet de débats.
Les pigments, étant constitués de poussières très fines, sont très volatils et peuvent être inhalés, ce qui peut entraîner des problèmes tels que des allergies ou d’autres troubles pulmonaires. C’est pourquoi il est conseillé de porter un masque lorsqu’on les manipule.
Les pigments de synthèse sont susceptibles de présenter davantage de risques, notamment en matière de toxicité.
Il est de plus en plus rare de trouver des pigments naturels dans les peintures, la plupart étant fabriqués synthétiquement, car moins chers à produire et offrant indiscutablement de bonnes caractéristiques techniques (intensité, stabilité, variété des couleurs). Créer des couleurs de manière synthétique ne date pas d’hier.
Par exemple, la céruse, ou blanc de plomb, était déjà utilisée dès l’Antiquité pour la fabrication de peintures et de fards blancs. Sa toxicité est connue depuis l’époque romaine. Toutefois, considérée comme le meilleur pigment blanc, elle continua d’être employée même après l’apparition d’alternatives : le blanc de zinc au XIXᵉ siècle, puis le blanc de titane au XXᵉ siècle. Son usage finit par être interdit au début du XXᵉ siècle. (9)
Le véritable jaune de Naples (PY41), par exemple, également appelé jaune d’antimoine, est un composé de plomb et d’antimoine, connu sous le nom d’antimoniate de plomb. À l’origine, ce pigment aurait été extrait naturellement du tuf volcanique près de Naples, notamment du mont Vésuve, ce qui lui vaut son nom. Toutefois, sa fabrication est rapidement devenue synthétique, reposant sur un mélange d’antimoniate de plomb et de sulfate de chaux — une combinaison particulièrement toxique.

On l’a dit, certains pigments à base de métaux lourds comme le cadmium (rouge, jaune) (10), le chrome (vert), ou le cobalt (bleu) sont reconnus pour leur toxicité. Leur production, leur utilisation, ainsi que leur élimination peuvent entraîner une pollution des sols et des eaux, et exposer les utilisateurs à des risques d’allergies, d’intoxications ou de troubles respiratoires (INRS, 2020).
Il existe aussi des pigments contenant du baryum (11), ou encore du chromate de plomb (12), qui sont toxiques.
Le nickel, qui est présent dans certains pigments jaunes, présente des risques plutôt graves pour la santé et l’environnement (13). Lors de la manipulation de pigments en poudre ou en aérosols, il est conseillé de porter des protections adaptées (gants, masque, ventilation).
Le manganèse, que l’on retrouve dans le bleu de manganèse, est sujet à controverse en raison de ses risques potentiels pour la santé et de son impact environnemental, même s’il est moins problématique que certains métaux lourds comme le plomb ou le cadmium (14).
De plus, certains pigments synthétiques, tels que les phtalocyanines, bien que moins toxiques, peuvent être persistants dans l’environnement et contribuer à la pollution chimique à long terme.
Certains de ces pigments ont aujourd’hui en grande partie disparu des formulations de peinture, remplacés par des pigments synthétiques moins dangereux. Cependant, bien que le risque soit réduit, le problème n’est pas complètement résolu.
Si vous utilisez des pigments synthétiques, préférez ceux garantis « sans métaux lourds » ou respectant des normes environnementales, comme la réglementation européenne REACH.
La peinture acrylique a de nombreux avantages. Elle sèche rapidement, les couleurs tiennent bien dans le temps et elle ne dégage pas d’odeur. On aurait tendance à penser que puisqu’elle se nettoie à l’eau, elle ne doit pas contenir de substances toxiques. Malheureusement, ces peintures sont en réalité bien plus nocives qu’on ne l’imagine. Elles renferment de nombreux composés chimiques, notamment ceux que j’ai mentionnés précédemment et sur lesquels je ne vais pas trop m’attarder ici ; je vous renvoie au chapitre précédent. En plus des effets sur la santé humaine, déjà préoccupants, leur impact sur l’environnement est considérable et encore bien trop négligé dans le débat public.
La peinture acrylique est fabriquée à partir d’une résine polymère synthétique dérivée du pétrole. Plus précisément, il s’agit de polymères acryliques, comme le polyacrylate ou le polyméthacrylate (15). Elle est mélangée à des pigments, dont certains — comme nous l’avons vu ici — peuvent être nocifs pour la santé et l’environnement.
En lisant la composition d’un liant acrylique (16), on s’aperçoit qu’il contient des produits peu naturels comme du 1,2-BENZISOTHIAZOL-3(2H)-ONE ou du MELANGE DE: 5-CHLORO-2-METHYL-2H-ISOTHIAZOL-3-ONE qu’il vaut mieux éviter de rejeter n’importe où.
Certaines peintures et vernis acryliques contiennent également des PFAS (17), ces « polluants éternels » régulièrement pointés du doigt en raison des dangers qu’ils représentent, tant pour la santé humaine que pour l’environnement.

Certaines substances présentes dans la peinture acrylique peuvent provoquer des réactions allergiques graves.
Un autre risque, souvent ignoré, concerne le nettoyage du matériel. Rincer ses pinceaux dans l’évier entraîne le rejet de résidus toxiques dans les eaux usées. Ces polluants, comme les PFAS, ne sont pas toujours filtrés par les stations d’épuration et peuvent finir dans l’environnement ou même l’eau potable (18). Même si les fabricants assurent que « Ce mélange ne présente pas de danger pour l’environnement. Aucune atteinte à l’environnement n’est connue ou prévisible dans les conditions normales d’utilisation. » (19), ces affirmations excluent souvent les phases de lavage. Or, multiplié par des milliers de gestes quotidiens, l’impact devient bien réel.

Là aussi un sujet qui me parle, puisque j’ai très souvent peint à la bombe. J’ai d’ailleurs commencé à m’intéresser à l’art par le biais du graffiti que j’ai pratiqué durant plusieurs années.
Je ne vais pas m’attarder moi-même sur le sujet, car l’artiste graffeur Bertrand Parse a rédigé un excellent article à ce propos (lien).
Je vous recommande vivement de le lire.
Nous ne reviendrons pas sur le sujet des pigments (nous l’avons déjà vu ici) : ce sont les mêmes que ceux utilisés dans toutes les peintures. Dans le cas de la peinture à l’huile, la base du liant est généralement plus naturelle que celle des peintures acryliques, en bombe ou glycéro, puisqu’il s’agit le plus souvent d’huile de lin purifiée ou d’huile d’œillette. Le danger ici provient plus des solvants utilisés avec la peinture à l’huile. Ces derniers sont nécessaires pour diluer la peinture et nettoyer les pinceaux mais peuvent représenter un problème assez grave.
C’est LE solvant pour la peinture à l’huile. Bien que naturel (20), il n’est pas sans danger (21). Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), l’essence de térébenthine est classée comme :
Inflammable
Nocive par inhalation, contact cutané et ingestion
Irritante pour la peau et les yeux
Allergène cutané potentiel
Toxique pour les organismes aquatiques INRS+1INRS+1INRS
Une étude a également suggéré une augmentation du risque de neuroblastome chez les enfants dont les pères étaient exposés professionnellement à la térébenthine, bien que ces résultats nécessitent une interprétation prudente en raison de la taille limitée de l’échantillon et des biais potentiels (22).
La térébenthine est toxique pour les organismes aquatiques et peut entraîner des effets néfastes à long terme sur l’environnement aquatique. C’est surtout au moment du nettoyage des pinceaux que le rejet dans la nature se fait.
Un autre solvant couramment utilisé mais qui présente aussi un danger certain pour l’organisme humain et l’environnement. Toxique en cas d’inhalation ou d’ingestion, ce produit peut provoquer divers effets sur la santé selon le niveau d’exposition : dessèchement cutané, irritations des yeux, rougeurs, sensations de brûlure, ainsi que des effets narcotiques sur le système nerveux central. En cas d’ingestion, il peut entraîner une pneumopathie, des troubles digestifs tels que nausées, vomissements ou douleurs abdominales, et peut être mortel à fortes doses. (23)
Certains peintres à l’huile utilisent du white spirit désaromatisé pensant que le produit est moins nocif. En réalité, sa toxicité reste pratiquement la même (24) et ne présente que l’avantage de ne pas dégager d’odeur aussi forte que celle du white-spirit classique.

Les pots de peinture vides, les restes de peinture non utilisés, ainsi que les chiffons ou pinceaux imbibés de peinture, sont souvent jetés dans les ordures ménagères. Ces déchets contiennent des substances chimiques toxiques qui peuvent contaminer les sols et les eaux lorsqu’ils ne sont pas éliminés correctement.
La fabrication des peintures nécessite l’extraction et la transformation de matières premières, comme les pigments, solvants et additifs, souvent issus de ressources non renouvelables. Ces étapes génèrent des émissions de gaz à effet de serre, des rejets de déchets toxiques et une consommation importante d’énergie. Le transport des matériaux et des produits finis contribue également à la pollution atmosphérique.
Avec le temps, sous l’effet de la pluie et des intempéries, certains composants des peintures peuvent se dégrader et se lessiver, libérant des métaux lourds et autres substances toxiques dans le sol et les eaux environnantes. Cela affecte la qualité de l’eau et la biodiversité locale, notamment près des bâtiments ou infrastructures peintes.
La combustion ou l’incinération non contrôlée de déchets de peinture peut libérer dans l’air des substances toxiques comme des dioxines, furannes et autres polluants organiques persistants, très dangereux pour la santé et l’environnement.

Alors, que peut-on faire ?
Fabriquer ses propres peintures est clairement l’option la plus saine (attention : elle n’est pas sans danger non plus), mais je sais bien que ce n’est pas faisable pour tout le monde. Ceux qui le souhaitent peuvent le faire en suivant mes recettes de peintures ou d’autres que vous trouverez sur internet.
Heureusement, il existe d’autres façons de limiter l’impact des peintures sur notre santé et sur l’environnement.
Je pense que nous ne sommes pas suffisamment informés des dangers que représentent les peintures que nous utilisons. Quand j’ai commencé à peindre, j’ai choisi l’acrylique. Cette technique est assez simple, sèche rapidement, et je me disais naïvement que, puisque les pinceaux se rinçaient à l’eau, la peinture ne pouvait pas être dangereuse. En creusant un peu, je me suis aperçu qu’elle n’était pas aussi inoffensive que je le croyais. J’ai voulu partager ces informations, qui me paraissent importantes, afin que chacun puisse faire ses choix en connaissance de cause.







